Le cancer de la vessie à la loupe

Image
Plus fréquent chez l’homme, le cancer de la vessie est le 5e cancer le plus répandu en France.
Body

Plus fréquent chez l’homme, le cancer de la vessie est le 5e cancer le plus répandu en France. Quels sont les facteurs de risque ? Comment repérer, diagnostiquer et traiter un cancer de la vessie ? Explications.

 

Cancer de la vessie : définition

 

Le cancer de la vessie se définit par la multiplication désordonnée et rapide de cellules anormales dans la muqueuse de la vessie (ou muqueuse vésicale). Ces cellules finissent par former une tumeur maligne ou cancéreuse. En l’absence de prise en charge, la tumeur s’étend au muscle de la paroi vésicale, puis aux organes environnants. 

Près de 12 000 cas de cancer de la vessie se déclarent chaque année en France, dont 9 500 chez les hommes, pour la plupart âgés de plus de 50 ans. Les cancers de la vessie sont en augmentation, en raison du vieillissement de la population et de la consommation de tabac (Fondation pour la recherche sur le cancer). 

 

Vessie : quel est son rôle ?

 

La vessie est un organe creux situé derrière le pubis, juste au-dessus de la prostate chez l’homme, et sous l’utérus chez la femme. La vessie sert à stocker puis à évacuer les urines après leur passage dans les uretères. Plus le volume d’urine augmente, plus la vessie se dilate : pleine, elle peut atteindre 300 à 600 ml. Elle se contracte pour évacuer les urines vers l’urètre qui débouche sur le méat urinaire et l’extérieur du corps. 

Entre la vessie et l’urètre, se situe le sphincter, un muscle essentiel pour aider la vessie à retenir l’urine en se contractant, puis qui se relâche lors du passage de l’urine vers l’extérieur de la vessie. 

 

Quelles sont les causes du cancer de la vessie ?

 

Plusieurs facteurs de risque coexistent, bien que certains se distinguent davantage.

 

Le tabagisme

Il fait partie des principaux facteurs de risque du cancer de la vessie. Et pour cause, fumer multiplie par 5,5 les risques de développer un cancer de la vessie, par rapport aux non-fumeurs. 40 % des cas de cancer sont liés au tabagisme, selon la Fondation pour la recherche sur le cancer. Plus une personne fume, et ce depuis longtemps, plus les risques augmentent.

 

L’exposition à certains toxiques

De 5 à 25 % des cas de cancer de la vessie seraient liés à une exposition professionnelle à certains produits toxiques, comme les amines aromatiques et les hydrocarbures aromatiques polycycliques utilisés dans plusieurs secteurs professionnels (de l’industrie à l’esthétique, en passant par la construction… et le tabac). Pour limiter les risques, les entreprises concernées sont tenues d’instaurer des mesures de prévention. 

Concernant les hydrocarbures, elles sont également présentes dans l’air ambiant (fumée de cigarette, gaz d’échappement des véhicules), dans l’eau ou dans les aliments (accumulation sur les aliments ou par le biais de la cuisson au feu de bois).

 

Les autres facteurs de risque

Particulièrement répandue en Afrique occidentale et en Egypte, la bilharziose urinaire est une maladie infectieuse provoquée par un parasite nommé schistosome. Une infection par ce parasite expose au développement d’une tumeur vésicale. 

Certains traitements sont également suspectés, tels que : 

  • La prise de phénacétine (un médicament anti-douleur) sur le long terme ;
  • Certains médicaments de chimiothérapie ;
  • Une radiothérapie du bassin. 

Néanmoins, leur responsabilité dans l’incidence des cancers de la vessie est encore à l’étude, de même que le rôle de certaines mutations génétiques, de l’alimentation, de la pollution atmosphérique ou de la présence d’arsenic dans l’eau de certaines régions du monde.

 

Cancer de la vessie : quels sont les symptômes ?

 

Le principal symptôme du cancer de la vessie est la présence de sang dans les urines (hématurie), qui apparaît plus particulièrement en fin de miction. En fonction de l’intensité de ce saignement, les urines peuvent être de couleur rosée, rouge foncée voire bordeaux. En revanche, l’intensité du saignement n’a pas de rapport avec la sévérité de la tumeur. D’ailleurs, ce symptôme est parfois trop faible pour être repéré à l’œil nu. Le saignement peut aussi s’interrompre pendant un certain temps, remplacé par des mictions normales. Consultez donc votre médecin dès la première hématurie que vous repérez, ce qui lui permettra de vous prescrire les analyses nécessaires pour établir le bon diagnostic, notamment en vérifiant s’il s’agit plutôt d’une cystite, de calculs rénaux ou encore d’une maladie des reins… 

D’autres symptômes peuvent être présents : mictions plus fréquentes et brûlures ou douleurs en urinant. La similarité de ces symptômes avec ceux de l’infection urinaire, doit vous pousser à consulter rapidement. 

 

Le diagnostic du cancer de la vessie

 

Les symptômes du cancer de la vessie n’étant pas spécifiques, plusieurs examens sont nécessaires pour confirmer le diagnostic. 

 

L'examen cytobactériologique des urines (ECBU)

Incontournable, cet examen consiste en l’analyse d’un échantillon d’urine au microscope. Cet échantillon préalablement recueilli permet de repérer d’éventuelles bactéries pouvant être responsables d’une infection urinaire et d’une hématurie.

Ce même échantillon permet d’effectuer un autre examen : la cytologie urinaire. Il se concentre sur les cellules mortes de la paroi vésicale qui se détachent et sont évacuées dans les urines. Il analyse plus précisément si ces cellules sont cancéreuses ou non. 

 

Les examens d’imagerie

Deux examens sont particulièrement réalisés : 

  • Une échographie, afin d’observer l’appareil urinaire de la vessie jusqu’aux reins, et repérer d’éventuelles anomalies. Cet examen est réalisé avec une vessie pleine : vous devez boire environ 1L d’eau au moins une heure avant le rendez-vous.
  • Une cytoscopie. Un tube optique muni d’une micro-caméra est introduit par le méat urinaire jusqu’à l’intérieur de la vessie pour repérer et analyser les éventuelles lésions cancéreuses. Un gel anesthésiant peut être injecté au début de l’examen pour réduire la sensation d’inconfort. De l’eau stérile est également injectée pour remplir la vessie et ainsi observer plus facilement la muqueuse et les anomalies qui s’y trouvent. Une biopsie peut être réalisée si nécessaire, en vue de confirmer le diagnostic. 

 

La résection transurétrale de la vessie et l'examen anatomopathologique

Si votre urologue suspecte fortement la présence de cellules cancéreuses, la cytoscopie se réalise sous anesthésie générale et devient la première étape du traitement contre le cancer de la vessie. La tumeur est retirée à cette occasion puis analysée au cours d’un examen anatomopathologique.   

La résection transurétrale de vessie est essentielle pour établir le diagnostic. Si la tumeur est superficielle, cette opération peut suffire à la traiter.

 

Les examens du bilan complémentaire ou d’extension

Ces examens sont prescrits lorsque les analyses précédentes ont révélé la présence d’une tumeur infiltrante ou d’une tumeur superficielle de mauvais pronostic. Ces examens permettent d’évaluer l’étendue du cancer.

Plusieurs éléments composent le bilan d’extension : 

  • L’urographie tomodensitométrique (uroscanner ou uro-TDM). Elle permet de visualiser l’ensemble du système urinaire, des ganglions lymphatiques qui l’entourent et les organes voisins. Cela permet de visualiser si et dans quelle mesure le cancer s’est propagé. 
  • Une scintigraphie osseuse ou une échographie hépatique, afin de vérifier si le cancer de la vessie a développé des métastases osseuses ou hépatiques.
  • Un scanner thoraco-abdomino-pelvien réalisé en cas de suspicion de métastases sur les poumons.

 

Cancer de la vessie : quels traitements ?

 

Plusieurs traitements sont possibles en fonction de la nature de la tumeur et de son évolution. 

 

Deux traitements possibles en cas de cancer de la vessie peu avancé

Si le cancer n’est pas profond ni infiltrant, il est possible de conserver la vessie. Deux traitements sont alors proposés, avec possibilité d’associer les deux : 

  • La résection transurétrale de la vessie, si elle n’a pas déjà été réalisée lors de la cytoscopie. Toute la tumeur avec le muscle sous-jacent, est alors retirée. Une seconde résection peut être programmée pour compléter la première, après quelques semaines.
  • Les instillations vésicales consistent à injecter dans la vessie un liquide contenant de la mitomycine C ou du BCG (bacille de Calmette et Guérin), deux substances toxiques pour les cellules cancéreuses. Une sonde urinaire est alors utilisée. Ce traitement est souvent préconisé à la suite d’une résection transurétrale, pendant plusieurs semaines, pour réduire les risques de récidive. Des effets secondaires sont possibles.

 

L’ablation de la vessie en cas de cancer plus développé

Lorsque la tumeur est plus infiltrante au point de toucher le muscle vésical, une ablation complète de la vessie ou cystectomie est recommandée. Elle est généralement réalisée par coelioscopie, mais dans certains cas par chirurgie ouverte ou laparotomie. Comme son nom l’indique, elle consiste à retirer totalement la vessie et les ganglions lymphatiques environnants (curage ganglionnaire qui suit la cystectomie). D’autres organes peuvent également être retirés par la même occasion, en fonction de la situation du patient : 

  • Ablation de l’utérus, des ovaires, des trompes de Fallope et d’une partie du vagin chez une patiente ménopausée.
  • Ablation de la prostate et des vésicules séminales (glandes qui sécrètent le liquide séminal, dont se nourrissent les spermatozoïdes) chez l’homme.
  • Ablation de l’urètre.

Un nouveau moyen d’évacuation des urines sera mis en place par le chirurgien-urologue, en fonction de la situation du patient et de ses préférences. 

 

Chimiothérapie et radiothérapie

 

Les séances de chimiothérapie ont généralement lieu avant l’intervention chirurgicale, en particulier si le cancer de la vessie atteint les ganglions lymphatiques. Elles permettent de réduire la taille de la tumeur et d’éviter les métastases. La chimiothérapie peut aussi être proposée après une cystectomie totale, si les ganglions ou les vaisseaux sanguins autour de la vessie ont été atteints. Plusieurs médicaments sont alors administrés lors de cures espacées de plusieurs semaines.

Si la cystectomie n’a pas lieu, chimiothérapie et radiothérapie peuvent être associées : c’est la radiochimiothérapie concomittante. Les rayonnements durent quelques minutes, au cours d’un programme composé de plusieurs séances par semaine pendant plusieurs semaines. 

Dans tous les cas, des effets secondaires sont à prévoir. 

 

La prise en charge après un cancer de la vessie

 

Elle est indispensable et doit être rigoureuse au quotidien.

 

Le suivi médical

Incontournables, les consultations programmées permettent :

  • D’identifier et de soulager les effets indésirables liés aux traitements.
  • D’évaluer l’efficacité de ces traitements.
  • De s’assurer que vous bénéficiez d’une prise en charge complète pour tous les aspects de votre suivi.
  • De vous apprendre à mieux gérer votre pathologie dans la vie courante.
  • De repérer une éventuelle récidive ou rechute, mais aussi de confirmer votre guérison

Ces consultations ont lieu régulièrement pendant au moins 5 ans, avec un rythme qui varie en fonction de votre situation. Ces consultations sont complétées de divers examens : 

  • Prise de sang ;
  • Analyse d’urine ;
  • Cystoscopie ;
  • Scanner du thorax, de l’abdomen et de la région pelvienne ;
  • Scintigraphie osseuse, etc.

 

Les nouvelles habitudes de vie

Si vous avez subi une cystectomie totale et que le chirurgien a créé une néo-vessie, il vous est recommandé d’effectuer des séances de rééducation du périnée auprès d’un kinésithérapeute. Elles sont bénéfiques pour soulager l’incontinence et apprendre à uriner différemment. 

Si vous souffrez de troubles urinaires ou de troubles sexuels, parlez-en avec votre urologue, votre médecin traitant ou un sexologue, en fonction de votre situation. En outre, un soutien psychologique peut être nécessaire après avoir subi un cancer de la vessie : vous pouvez vous faire accompagner par un psychologue, un psychothérapeute ou un psychiatre. Dans tous les cas, ne gardez pas vos ressentis et vos émotions pour vous, mais osez vous faire accompagner pour vous sentir mieux. Des associations de patients sont également accessibles, le partage d’expérience entre patients est souvent bénéfique.