Vous avez forcément entendu parler de l’IA appliquée à la santé, que ce soit dans un but diagnostic ou d’accompagnement. Si elle peut être utile dans certains cas, attention : rien ne remplacera jamais un médecin. Explications.
Les domaines d’application de l’IA en santé
Petit rappel, au cas où vous seriez passé à côté ! L'intelligence artificielle ou IA désigne l'ensemble des techniques permettant à des machines d'imiter certaines capacités du raisonnement humain : apprendre, analyser et prédire. Un système d'IA est capable de traiter en quelques secondes des millions de données, là où un humain, même expert, aurait besoin de jours voire de semaines.
Récemment, l’IA a fait une entrée fracassante dans le domaine médical ou de la santé, que ce soit pour aider les médecins à affiner leurs diagnostics ou les patients eux-mêmes via diverses applications plus ou moins sérieuses.
On retrouve aujourd’hui l’IA dans le diagnostic, la chirurgie, la prévention, la recherche clinique ou encore le suivi des patients à distance. Mais aussi puissante soit-elle, l'IA intervient seulement en soutien et en complément, pour augmenter les capacités du médecin. Bref, comme un assistant ! Elle ne se substituera jamais à la relation humaine et au soin, ni à la responsabilité et l’expertise médicale. Le médecin reste le référent absolu en matière de santé humaine.
L’IA en médecine prédictive
La médecine prédictive consiste à anticiper l'apparition ou l'évolution d'une pathologie avant même que les premiers symptômes ne se manifestent. Grâce à l'IA, il est possible d'analyser des quantités considérables de données en un temps record : données génétiques, biologiques, environnementales, comportementales… Objectif : identifier des personnes à risque et intervenir plus tôt.
En France, le projet PsyCARE, soutenu par l'Inserm, en est un exemple intéressant. Il vise à améliorer la détection précoce des psychoses chez les adolescents et jeunes adultes, en identifiant des biomarqueurs biologiques et comportementaux. L’IA aide ici à prédire l'évolution de la maladie pour agir avant que les troubles ne s'installent durablement, avec des traitements mieux ciblés et donc plus efficaces.
Plus largement, le rapport sénatorial de 2024 sur l'IA et la santé souligne que la prévention et la détection des cancers figurent parmi les premiers usages de l'IA à titre préventif. Des algorithmes croisent désormais des sources de données multiples (imagerie médicale, données génomiques ou en lien avec l’ADN, objets connectés, etc.) pour affiner les prédictions individuelles de risque. L'enjeu est de taille : passer d'une médecine principalement curative (qui soigne) à une médecine véritablement préventive.
La médecine de précision
Ici, l’objectif est d’adapter un traitement au profil du patient, par définition unique, plutôt que de proposer une prise en charge protocolaire. L'IA peut intervenir en analysant simultanément des données cliniques, génomiques, d'imagerie et biologiques pour identifier le traitement le plus efficace pour une personne en particulier.
En oncologie, les avancées sont marquantes : l'Institut Curie a développé un outil d'IA capable d'identifier les tissus responsables de cancers dont la cause de tumeur initiale reste inconnue, à partir de données moléculaires. Résultat : le diagnostic s’avère correct dans 79 % des cas, ce qui permet d'orienter le traitement de façon beaucoup plus ciblée.
Autre exemple, depuis 2022, l'Institut de recherche de Toulouse Saint-Exupéry et l'Oncopole Claudius Regaud collaborent sur le potentiel de l'IA pour développer un traitement personnalisé du glioblastome (la forme la plus agressive du cancer du cerveau).
Médecine et robotique
La robotique médicale incarne le visage le plus visible de l'IA dans la santé. Elle consiste à doter des machines de capacités à percevoir et agir pour assister les chirurgiens dans des gestes de haute précision.
Le robot Da Vinci en est l'exemple le plus emblématique. Composé de bras articulés pilotés à distance par le chirurgien, il filtre les tremblements naturels de la main humaine, offre une vision 3D haute définition et permet des incisions minimes. C'est en France, à l'hôpital Henri-Mondor, que la première prostatectomie robot-assistée au monde a été réalisée en 2000. Aujourd'hui, une centaine de robots Da Vinci sont déployés dans les hôpitaux français. Mais attention, la place centrale du médecin ne bouge pas : le robot ne décide rien et n'opère jamais seul. C'est le chirurgien qui, à tout moment, commande, contrôle et assume toujours l'entière responsabilité de l'intervention.
IA et santé : quelles limites ?
L’IA entraîne enthousiasme et engouement, mais cela ne doit pas faire oublier les limites de ces outils. Parmi les préoccupations légitimes : la protection des données de santé. Et pour cause, les données médicales font partie des données sensibles qui doivent être absolument protégées. Le règlement européen sur l'IA (AI Act, 2024) impose d’ailleurs des normes très strictes aux systèmes d'IA dits « à haut risque », une catégorie qui concerne de nombreuses applications médicales.
Les outils grand public comme ChatGPT ne sont pas conçus pour établir des diagnostics médicaux et ils n'en sont d’ailleurs pas capables de façon fiable. Pour un diagnostic ou la proposition d'un protocole de soins, les résultats donnés par ces plateformes ne sont pas satisfaisants à ce jour. Ces modèles peuvent même fournir des informations inexactes et incomplètes et représenter par conséquent un danger. Les utiliser pour se faire une idée de son état de santé ou interpréter des résultats biologiques sans avis médical est risqué. Autre limite : un algorithme entraîné sur des données insuffisamment représentatives d'une population peut produire des résultats erronés pour certains groupes de patients.
Enfin, la médecine prédictive ouvre le débat au sujet du surdiagnostic lié à l’IA : identifier un risque ne signifie pas que la maladie se développera forcément. Le rapport du Sénat sur l'IA et la santé datant de 2024, soulignait déjà ce risque qui peut conduire à des traitements inutiles et générer une anxiété chez des patients qui auraient vécu sans symptômes ni complications par ailleurs.
Santé et IA : le médecin reste aux commandes
L'IA débarque de façon inévitable dans le monde médical. Elle améliore la dextérité des gestes chirurgicaux, accélère la détection précoce de certaines maladies et ouvre des perspectives inédites vers la « médecine sur-mesure ».
Pourtant, l'IA ne diagnostique pas, n'examine pas, ne prend pas en charge. Elle ne peut pas regarder un patient dans les yeux, comprendre sa souffrance, ni poser une main sur son épaule. Le médecin reste le seul habilité à porter un diagnostic et être l’interlocuteur privilégié d’un patient en ce qui concerne sa santé.
En outre, un médecin doit toujours comprendre pourquoi et comment l'IA arrive à ses conclusions et doit pouvoir les contester si besoin. C'est lui qui connaît votre histoire médicale, qui intègre vos antécédents, votre mode de vie, vos inquiétudes et qui assume la responsabilité de la décision de prise en charge. Dans ce contexte, L'IA n'est définitivement pas un concurrent, c'est un outil. Un outil puissant, en plein développement et qui aide le médecin à mieux travailler… à condition que ce soit lui qui reste aux commandes.