Se ronger les ongles est un trouble du comportement appelé onychophagie. Il n’est pas totalement anodin sur la santé. Quelques techniques existent pour arrêter (ou au moins réduire).
Quelles conséquences possibles au fait de se ronger les ongles sur la santé ?
Se ronger les ongles porte un nom scientifique : l’onychophagie. Cette mauvaise habitude est même classée au rang des troubles du comportement compulsifs dans le DSM-5, le manuel de référence des troubles mentaux. Se ronger les ongles est toutefois très fréquent, quel que soit l’âge, mais ses conséquences sur la santé sont souvent méconnues :
- Sur les ongles et les doigts : les mordillements répétés fragilisent les cuticules (la partie située à la frontière de l’ongle et du doigt), provoquant des petites plaies ouvertes, portes d'entrée pour les bactéries et les champignons, à risque de développer un panaris, par exemple. Dans les cas les plus sévères, les lésions répétées peuvent déformer durablement la zone de croissance de l'ongle.
- Sur les dents et la mâchoire : le frottement régulier entre les dents et les ongles peut provoquer des microfissures dans l'émail, jusqu’à l’usure prématurée des dents. Le risque de contracter une maladie gingivale et parodontale est également augmenté, puisque les bactéries présentes sur les ongles et les doigts sont transférées vers la bouche. Les mordillements compulsifs peuvent également être associés à des douleurs chroniques de la mâchoire, un bruxisme aggravé (le fait de grincer des dents) voire des problèmes d'articulation entre les deux mâchoires.
- Dans la bouche et l’appareil digestif : les ongles sont souvent le nid de nombreuses bactéries, virus et agents pathogènes. Les porter régulièrement à la bouche facilite la transmission de maladies telles que la gastroentérite ou l'angine bactérienne.
- Sur la santé mentale : les personnes atteintes d'onychophagie souffrent souvent de troubles anxieux et de stress chronique. Se ronger les ongles est un mécanisme d'auto-apaisement face à une tension difficile à gérer, mais ce soulagement immédiat peut être suivi d'une gêne ou d'une honte à l'égard de l’état de ses mains, ce qui renforce un cercle vicieux d’anxiété. Dans ses formes les plus sévères, l’onychophagie peut révéler un trouble obsessionnel compulsif (TOC).
Comment arrêter de se ronger les ongles ?
Lorsqu’une habitude est ancrée, il est difficile de l’arrêter rapidement. Si ce trouble vous concerne, piochez dans les conseils ci-dessous.
#1 Identifiez les éléments qui déclenchent cette mauvaise habitude
Avant d'agir, observez : dans quelles situations vous rongez-vous le plus les ongles ? Parmi les éléments déclencheurs les plus courants, on trouve :
- Les moments de stress et d'anxiété ;
- L'ennui ou une faible stimulation mentale ;
- La concentration intense (lecture, écran, travail) ;
- Les moments d'attente ou de latence ;
- Certaines émotions comme la frustration ou l'impatience.
Essayez de tenir un petit journal de bord pour identifier ces moments ou contentez-vous d’y faire attention pendant quelques jours. Prendre conscience de ce geste devenu automatique vous aidera à anticiper les situations à risque pour vous afin de les éviter ou mieux les gérer.
#2 Occupez-vous les mains
En substituant le réflexe par un autre geste, vous pouvez progressivement casser l’automatisme qui consiste à vous ronger les ongles. Vous pouvez par exemple avoir recours à :
- Une balle anti-stress à malaxer lorsque la tension monte ;
- Un origami ou tout autre activité de pliage manuel ;
- Le dessin, le coloriage ;
- Le tricot ;
- Toute activité manuelle qui sollicite vos dix doigts.
L'essentiel est de remplacer le rongement par un comportement neutre et sans risque qui répond au même besoin de stimulation sensorielle.
#3 Appliquez un vernis au goût amer
Les vernis à ongles amers sont des produits incolores spécialement formulés pour décourager le geste de porter les doigts à la bouche. Leur goût très désagréable est obtenu à partir de denatonium benzoate, la substance la plus amère connue. Cela crée un rappel sensoriel immédiat chaque fois que vous portez la main à la bouche. Ces produits sont disponibles en pharmacie et sont adaptés aux adultes comme aux enfants. Vous pouvez les associer à d'autres stratégies pour obtenir de meilleurs résultats. En effet, ces vernis ne règlent pas la cause du comportement problématique, mais créent une barrière physique utile pour limiter les risques liés au trouble.
#4 Collez un pansement sur vos ongles
Couvrir ses ongles avec un pansement ou même un bout de scotch est une méthode simple et peu coûteuse. Elle rend le geste de vous ronger les ongles physiquement impossible ou désagréable si vous le tentez. Cela agit aussi comme un signal visuel : en remarquant la protection, vous prenez conscience de ce que vous étiez sur le point de faire. Cette méthode est particulièrement utile en cas de forte tentation (pendant une réunion, dans les transports, devant un écran…).
#5 Entamez une thérapie cognitivo-comportementale (TCC)
La thérapie cognitivo-comportementale est la psychothérapie de référence pour les comportements compulsifs et répétitifs. Elle vous aide à identifier les pensées automatiques et les émotions qui déclenchent le comportement problématique. Vous mettez ensuite en place, avec le thérapeute, des stratégies de remplacement.
En cas d'onychophagie, la TCC utilise par exemple la technique dite d'inversion des habitudes (Habit Reversal Training). Après avoir identifié les situations qui vous poussent à vous ronger les ongles, votre thérapeute vous aidera à mettre en place un nouveau geste de substitution, comme serrer le poing.
#6 Quelques pistes côté médecines douces
En complément d'une prise en charge thérapeutique ou pour des formes légères à modérées, plusieurs techniques de médecine douce peuvent vous aider à réduire votre stress et à reprendre le contrôle de ce geste automatique :
- La sophrologie : des exercices de relaxation et de visualisation positive aident à identifier vos tensions corporelles avant qu'elles ne se traduisent en comportements compulsifs.
- La méditation de pleine conscience (mindfulness) : elle développe votre capacité à observer vos impulsions sans y céder automatiquement et les accueillir mentalement telles qu’elles sont. Une compétence directement utile face au geste réflexe.
- Le yoga associe respiration, attention corporelle et relâchement des tensions. Il peut ainsi agir sur les mécanismes de stress qui alimentent l'onychophagie.
- L'hypnose peut aussi vous aider à travailler sur vos automatismes inconscients et l'anxiété qui y est associée.
Pour ces approches, mieux vaut faire appel à des praticiens pouvant justifier d'une formation, idéalement des professionnels de santé (médecin, psychologue, infirmier) ayant intégré cette corde à leur arc. Une vraie garantie d’un accompagnement efficace !